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Rave Factory & Nokirisi, rencontre avec les jeunes pousses des hangars grenoblois

5 mars 2019

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Rave Factory & Nokirisi, rencontre avec les jeunes pousses des hangars grenoblois

La part occupée par les collectifs et leur richesse artistique nous ont interpellées lors de la réalisation de notre étude sur l’événementiel électronique. Nous sommes allés à la rencontre de plusieurs d’entre eux partout en France. 

Après Paris et Lyon, direction Grenoble, autre hub électro de la région Auvergne-Rhône-Alpes. La ville connait une véritable émulation collective autour du genre , autour des principaux clubs (La Belle Electrique, le Drak’Art, l’Ampérage) se créent et évoluent de nombreux collectifs tels que Hadra, Carton Pâte, Hidden Plaza,The Dare Night, Shoganai, Infrason, Hysteresis… Certains d’entre eux, plus jeunes, commencent, à l’instar de Paris, à investir les hangars grenoblois pour créer une offre événementielle alternative et plus intimiste que celle proposée par les clubs de la ville. A l’occasion de la quasi secrète Rave Factory 2, nous avons interrogé Antonin, co-fondateur de Rave Factory ainsi que Maëlle et Amaury, co-fondateurs de Nokirisi sur leur activité et leur vision de la scène locale ! 

Dites-nous tout, qui êtes-vous ? 

Antonin : Antonin, je suis l’un des fondateurs et résident de Rave Factory. C’est lors de soirées étudiantes de GEA que j’ai taté des platines au début ; par la suite j’ai évolué vers des sonorités moins commerciales, plus techno orientées. J’ai fait mes armes en after avant de commencer à mixer dans les bars et les clubs de la ville, notamment grâce à Carton-Pâte qui m’a donné mes premières dates. Il y a quelques mois j’ai sorti mon premier EP techno « Nocturnal Movement » sur le label dijonais A-Traction, véritable opportunité de jouer et d’être joué ailleurs qu’à Grenoble. 

Maëlle : J’ai commencé à sortir assez jeune, j’ai vite découvert la musique électronique, avec mon passé au conservatoire j’ai eu forcément envie d’en faire. J’ai rencontré Amaury et Lukas (troisième membre du crew) avec qui, musicalement et amicalement, ça a tout de suite matché et nous a donné envie de mixer, et d’organiser nos soirées. J’ai commencé à mixer sous le nom de Maelita dans les bars de Grenoble avec Nokirisi ou lors des événements organisés par le label Carton Pâte ou le collectif The Dare Night qui m’a donné ma première date en b2b avec Amaury.  Aujourd’hui jesuis entre Grenoble et Lyon, où j’ai eu l’occasion de faire un premier Petit Salon il y a quelques mois.

Amaury : Je me suis toujours intéressé à la musique, j’ai rencontré Maëlle et d’autres personnes avec qui j’ai pu affiner mes gouts, et évoluer vers des sonorités plus technos et breakées. Je me concentre sur le développement de Nokirisi, et m’essaie de plus en plus à la production sous le nom de Weltmeister.

Comment sont nés vos collectifs respectifs ? 

Antonin : Une idée que l’on a concrétisée avec des potes dont trois dj : Hugo aka Baume, Tobby aka TBK, moi-même et Déborah qui nous accompagne sur la production des soirées et la communication. On a organisé une première soirée en hangar pour se faire plaisir, et cette première expérience nous a naturellement encouragé à créer une structure car aucun de nous étions dans un collectif. 

Maëlle : On était une dizaine à aimer le son et sortir, donc naturellement on s’est réunis pour organiser nos propres soirées. Tout d’abord avec les confineries, des soirées pendant lesquelles nous investissions un appart entièrement rédécoré par nos soins afin de créer une bulle dans laquelle nous jouons, ensuite dans des bars de la ville et maintenant au hangar !

Amaury : Au début, nous étions nombreux mais malgré la volonté commune de créer quelque chose autour du son, le fait d’être beaucoup nous a freiné car c’était difficile de prendre des décisions concrètes. On a dû se restructurer autour d’un noyau dur pour avancer et créer Nokirisi, un crew avec une identité artistiques forte, combinant musique, ambiance et visuel. Même si ça exige plus de travail personnel, nous avons, en accord avec cette vision, organisé notre première rave la semaine dernière, évènement qui a d’ailleurs affiché plus que complet.

Comment définir votre identité musicale ? Êtes-vous spécialisés dans un seul genre électro ?

Antonin : Rave Factory, c’est assez évocateur comme nom : on donne une part très importante aux sons de techno industrielle et acid, sans hésiter à monter en BPM et en intensité. On reste ouverts aux autres genres de la musique électronique, après 10h de techno assourdissante, on aime bien finir en douceur avec une touche de house ou de micro.

Maëlle : C’est une question qui a posé pas mal de problèmes, Nokirisi n’a pas de style exclusif. En fonction du thème et de l’ambiance de notre soirée, on essaie d’y associer un genre musical. Nokirisi est révélateur de nos différentes influences, c’est un spectre électro allant de la house à la techno industrielle à 150 bpm. On a décidé pour plus de cohérence de créer une double identité musicale au sein de Nokirisi, une face chaude indie dance, dance music, italo, house et micro et son versant froid NKRS, plus brutal, orienté techno, indus, cold-wave, EBM.

Dans notre offre d’évènements, on note une importante progression des soirées dans des lieux atypiques, vous ne dérogez pas à la tendance en organisant vos soirées en hangar. Pourquoi choisir ce format et lieu d’événement ?

Antonin : Les soirées en hangar restent très marginales à Grenoble, l’un des seuls spots a fermé l’an dernier. Lors de la dernière Rave Factory, on inaugurait une toute nouvelle warehouse qui va probablement devenir un spot récurrent des raves grenobloises. On adore l’aspect libre des soirées en hangar : la soirée continue jusqu’en fin de matinée, le public garde un maximum de libertés.

Maëlle : Appartements, hangar, nous avançons en crescendo. On se fait un nom au sein de la scène locale, et le club deviendra un objectif mais nous sommes attachés à notre volonté d’offrir une ambiance particulière lors de nos soirées, ce qui est pour l’instant bien plus facile dans ce type de lieux.
Amaury : Les jeunes collectifs de Grenoble ont davantage une approche familiale, originale et conviviale de la fête, par exemple nous en hangar ou encore Shoganai dans une épicerie de nuit lyonnaise.

La région Auvergne-Rhône-Alpes est l’illustration même du dynamisme électronique régional, avec des taux de croissance largement supérieurs à ceux d’île-de-France : x 6,19 côté offre, x 10,8 côté demande, et des données statiques élevées, avec plus de 900 évènements organisés en 2017 pour 1 750 000 d’intentions de sorties exprimées. Grenoble est notamment dans le top 10 des villes électro françaises les plus dynamiques. Comment percevez-vous le développement de la scène électronique dans votre région ?

Antonin : C’est difficile d’avoir une idée globale et précise du développement de la scène régionale, mais on voit très bien que le public à Grenoble n’arrête pas de s’élargir et de se diversifier. On voit bien que la scène internationale regarde d’un œil attentif ce qu’il se passe en France. On a des producteurs dans tous les styles qui deviennent de véritables références et notre image ne se résume plus à la French Touch. Paris en est un excellent exemple, bien que la province soit aussi très active. Nous sommes entrés dans un cercle vertueux : plus les jeunes sortent et découvrent le monde électro, et plus ils sont nombreux à se lancer dans le
mix, la production ou l’organisation. Depuis mes débuts, le nombre de collectif a vraiment explosé, et on sent que la tendance n’est pas prête de s’inverser.

Amaury : La manière dont on sortait a vraiment changée, il y a beaucoup plus d’offres et de genres électro proposés qu’à nos débuts de fêtards. L’arrivée de la Belle Electrique à Grenoble a chamboulé la ville en invitant régulièrement des artistes de renommée nationale et internationale. Depuis une volonté de développer la scène a émergé, et encouragé nombre de collectifs à se créer. Dans la région en général, il y a beaucoup de choses qui se font : à Chambery avec l’association le Resaca, à Saint-Etienne avec le festival Positive Education ultra quali, pas cher au line-up de folie, et Lyon, bien sûr, à l’écosystème électro dingue. En un an, tu peux être certain de voir l’artiste que tu adores tant la scène est complète et se défend face à Paris.

Grenoble vs Lyon, quelles différences ?

Antonin : La scène lyonnaise est beaucoup plus vaste, ce qui annonce son lot d’avantages et d’inconvénients. La richesse des line-up y est assez impressionnante, mais on retrouve difficilement l’aspect convivial et amical de la scène grenobloise qui me plait tant, et au sein de laquelle tout le monde se connaît et se soutient. Les clubs de Grenoble sont également pour la grande majorité gérée par de associations ce qui engendre une logique de collaboration avec les collectifs. Il y a de la place pour tout le monde et ça incite à l’émergence de nouveaux collectifs.

Maëlle : La différence principale est la superficie de l’offre événementielle. Malgré une scène en essor, on manque encore de choix à Grenoble. Alors qu’à Lyon, je ne sais plus où donner de la tête, chaque week-end je dois trancher entre plusieurs soirées qui m’intéressent.
Amaury : Niveau organisateurs, les collectifs de Lyon me semblent aussi plus anonymes. La scène grenobloise étant plus petite nous permet de tous se connaître, de collaborer aussi et ça donne une ambiance vraiment friendly et intimiste à nos soirées que l’on peine à retrouver ailleurs. C’est aussi beaucoup plus facile de s’implanter à Grenoble en tant que jeunes et organisateurs pour commencer à faire des événements et se construire une communauté fidèle.

Quels sont vos projets de demain ?

Antonin : Crystal Geometry, qui vient de signer un excellent EP sur le label Sonic Groove, était notre premier booking de cette ampleur On va accélérer la dynamique avec une nouvelle soirée en hangar mi-février qui nous permettra de financièrement supporter un booking plus conséquent en mars !

Maëlle : On réfléchit à la suite, on exporte en mars le concept de la Confinerie à Lyon, où on va également faire une soirée au Paradox. En réfléchir à refaire de nouvelles soirées en hangar, ou des open air avec les beaux jours qui approchent.
Amaury : Sans oublier la soirée de lancement de NKRS en hangar sur un format minuit-midi, le 9 mars où on invite les artistes du label techno parisien Obsidienne en hangar à l’occasion de la sortie de leur various artists !

Quel artiste vous aimeriez voir passer dans le booth qui n’est pas encore venu ?

Antonin : Si on devait viser un headliner pour une grosse soirée à la Belle Electrique, ça serait surement I Hate Models. Très fan d’acid de la fin des 90’s, on aimerait aussi beaucoup recevoir des pionniers du genre comme Sterling Moss, Dave the Drumer ou Chris Liberator.

Maëlle : Reptant, ou Fantatik Man, deux australiens qui me plaisent beaucoup !

Amaury : J’aimerai beaucoup inviter le label Lebendig, qui fait de la techno industrielle et de l’EBM avec Peryl, Inhalt Der Nacht ou encore Echoes of October.

Une track de fin ?

Antonin : Cypress – Machines (Outher Space), une track acid des années 90 pour résumer les influences du collectif.

Maëlle et Amaury : Pour rire, un David Guetta bien breaké… Moses – We just, c’est bien kitsh et ça nous rend fous !

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