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From “Scratch” to Dour, la Dub musique explose

5 février 2019

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From “Scratch” to Dour, la Dub musique explose

La musique électronique fait référence à une multitude de genres et sous-genres musicaux. Si la house et la techno en sont les plus populaires, les sonorités, histoire et évolutions des genres électro diffèrent. Focus la scène Dub !

La genèse du Dub, une musique du peuple

La dub est issue d’un contexte différent, et est en réalité plus ancienne que la techno et la house. Elle s’inscrit d’abord dans le mouvement rastafari jamaïcain et ses fêtes “soundsystem”. Ces “soundsystems” apparaissent au sein des milieux populaires comme alternative aux radios qui deviennent tendances parmi les classes plus aisées. Ces radios permettent la diffusion de musiques émises aux États-Unis, notamment le jazz et le Rythm’n’Blues, qui sont alors très populaires en Jamaïque. Mais le prix élevé de ces appareils les rend encore inaccessibles pour les franges plus précaires de la population. Cette situation est alors exploitée par Clément ‘Sir Coxsone Downbeat’ ou encore Duke ‘Trojan’ Reid, qui décident d’organiser de grands rassemblement “dancehall” et d’y diffuser de la musique en assemblant des platines, des radios et de puissantes enceintes. Ces fêtes, organisées en plein air, deviennent rapidement très populaires, créant un engouement autour de certains soundsystems et autour de leurs DJ, qui étaient alors de véritables stars locales. C’était sur ces soundsystems qu’on diffusait la musique reggae naissante, dont le caractère afro-centré lui accordait une bienveillante reconnaissance au sein de la population. La “dub” en tant que telle apparaît dans les années 1960, suite à l’heureuse erreur d’un “disc cutter”, nommé Smith, qui envoya au DJ Rudolph ‘Ruddy’ Redwood, du Supreme Ruler of Sound Sound System, une version de ‘On the Beach’ des Paragons en oubliant de graver la partie vocale sur la “dub plate”. Redwood joua cette version en public, et celle-ci remporte immédiatement un succès général. Peu à peu, l’erreur s’institue comme un genre à part entière, et à partir des années 1970 des producteurs comme King Tubby ou Lee ‘Scratch’ Perry commencent à créer des morceaux entièrement dub, qui ne sont plus seulement des “versions” modifiées de morceaux de reggae. Parmi les caractéristiques importantes de ce nouveau genre, on peut trouver la notion de “remix”, l’amplification du couple basse-batterie et l’ajout d’effets comme le delay ou la reverb.

Une culture “soundsystems” qui s’exporte en Europe

L’arrivée de cette nouvelle musique en Europe, avec sa culture des soundsystems, se fait dans les années 1970, alors que de nombreux jeunes jamaïcains migrent vers le Royaume-Uni. Là-bas, confronté à la violence du racisme et de la ségrégation, les soirées soundsystem deviennent un espace festif de liberté pour la jeune communauté jamaïcaine. Le milieu reggae-dub se trouva ensuite mêlé à celui du rock-punk. D’ailleurs même les Clash se sont essayé à la dub le temps d’un album ! Cette rencontre des deux univers se fît dans un contexte où certains artistes, sentant les tensions racistes croissantes dans leur pays, décidèrent de s’engager dans une lutte antiraciste, comme en témoigne par exemple la campagne Rock Against the Racism de 1976. Cela contribua aussi à l’évolution des sonorités dub, une évolution qui prendra une autre dimension en France. En effet à partir de la fin des années 1990 commencent à se former les premiers groupes de dub français, comme High Tone ou Zenzile. L’originalité de ces groupes repose sur l’utilisation d’instruments et sur un univers musical influencé autant par la musique électronique comme la techno que par le rock.

Des rues jamaïcainnes à Dour: une explosion du genre

Cette musique prometteuse attire l’attention de Frédéric Péguillan du journal Télérama qui fait le pari de lancer en 2002 un festival dédié au dub, le Télérama Dub Festival. La scène dub-électro française explose alors avec de nombreux artistes comme Panda Dub, OBF, Mahom… Parallèlement, et parfois s’entremêlent avec cette nouvelle branche, subsiste un dub-reggae plus “roots”, représenté en France par des artistes et soundsystems comme Prayazen ou Roots Attack. Le télérama dub festival véritable institution événementielle du genre en France a contribué à offrir une scène à ce genre atypique, pas seulement en Paris mais aussi Lyon, Marseille, Toulouse, Le Havre. Le Télérama Festival restant fidèle à une culture originelle du soundsystems ne s’y limite pas et offre une création artistique riche et originale en donnait la part belle au live, avec des bassistes, guitaristes et autres musiciens sur scène mais aussi à la musique électronique avec des DJ sets de plus en proches de la techno. Entre 2014 et 2018, le public de l’édition parisienne du festival de novembre s’est multiplié par 4, passant d’un potentiel de 2500 intéressés à un peu plus de 10 000.

Télérama Dub Festival, 2017.

Le festival, créé il y a 16 ans, premier du genre en France a encouragé le développement de la scène nationale ; depuis, de nombreux autres acteurs sont entrés dans la danse, parmi les plus connus nous pouvons citer  le Dub Camp Festival à Nantes,  le Summer Dub Festival et les Paris Dub Sessions au Glazart, le collectif Adubtion ou encore le Lamano Festival en Île-de-France… des producteurs d’événements qui collaborent souvent avec des soundsytems populaires tels que Snoww Dub System et Roots Diligence. Ce développement du genre s’incarne aussi par l’ajout d’une scène dub dits aussi “dubcorner” lors de festivals non spécifiquement liés au genre comme Sun Ska et No Logo, spécialisés dans le reggae ou bien des festivals à la programmation beaucoup plus éclectique comme le jeune francilien Entente Nocturne ou le géant Dour.

Dub Corner à Dour
Scène Dub du festival Entente Nocturne, 2018.

Force est de constater que ce genre de niche à la croisée entre reggae et électro ne cesse de conquérir le public français et européen depuis son importation d’outre Atlantique. Sa diffusion a bien évolué, passant des soundsystems de rues aux grandes salles de spectacle, pour autant la philosophie de partage et de mixité sociale et musicale que le dub véhicule ne s’est dissipée par la multiplication de ses acteurs et leur professionnalisation croissante.

Pour en découvrir davantage :

A voir : United we stand, un documentaire sur la culture des sound systems

A lire :  Dub in Babylone. Understanding the Evolution and Significance of Dub Reggae in Jamaica and Britain from King Tubby to Post-Punk, de Christopher Partridge

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