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Interview #2: Tapage Nocturne, un collectif lyonnais qui s’exporte !

août 13, 2018

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Interview #2: Tapage Nocturne, un collectif lyonnais qui s’exporte !

La part croissante occupée par les collectifs, dans notre deuxième étude consacrée aux acteurs de l’événementiel électronique, nous a interpellée. Ainsi nous sommes allés à la rencontre de trois d’entres eux: lyonnais, marseillais et parisien.

Rencontre avec Florent Aguerra, co-fondateur en charge de la direction artistique de Tapage Nocturne.

Quelle est la genèse de votre association?

Tapage Nocturne est née sur les bancs du lycée – il y a maintenant presque 6 ans – de l’envie de monter avec Victor et Alexandre un projet qui nous ressemble, dans un domaine que l’on considérait à l’époque comme pas ou peu démocratisé. La techno et la house n’en était pas au même stade qu’aujourd’hui; c’était le début de la démocratisation de ce phénomène de niche. Tout a pris de la vitesse le 21 juin 2013, lorsque Romain Starky, alors chargé de projets pour la fête de la musique de Lyon, nous a autorisé à organiser un événement dans le Vieux Lyon. Nous attendions quelques 400 personnes, ce sont in fine 4 000 qui sont venues danser avec nous ce jour-là. Une sacrée teuf qui nous a servi de première vraie carte de visite pour collaborer avec les clubs du centre-ville.

Notre plus belle saison vient d’ailleurs de se clôturer avec une trentaine d’évènements organisés, plus de 50 artistes invités, 30 000 personnes rassemblées et une moyenne de remplissage de 85%. Après 6 ans d’aventures le noyau dur de Tapage Nocturne comptabilise aujourd’hui une dizaine de personnes, auquel nous ajoutons une centaine de bénévoles gravitant autour.

Quel est ton meilleur souvenir au sein de l’association ?

Mon meilleur souvenir ? Sans hésiter, le 6 avril dernier, lors de notre premier grand Transbordeur, cette salle mythique de Lyon pouvant accueillir jusqu’à 1800 personnes. Des mois de préparation, des années de démarches pour en arriver à ça. Et ça en valait définitivement le coup. Dire que quand on était ados on allait y écouter Danakil et 1995 en fumant des joints.

Quel est l’univers musical de Tapage Nocturne ?

A nos débuts, nous avons fait de tout: techno, house, bass music, psytrance et c’est au fur et à mesure que nous avons évolué vers une dominante résolument techno. Depuis trois ans nous nous activons à proposer un large panorama de ce qu’est la techno et de faire découvrir la diversité et la richesse de ses sous-genres.   On peut naviguer entre la Techno, l’Acid, le Hardcore, le Gabber, l’Ambiant, la  Dub et bien d’autres.

La concurrence entre les collectifs est-elle forte dans la région ?

Depuis 5 ans on observait une explosion du nombre de promoteurs, mais cette année quelques collectifs notamment Techno ont disparu. Les petits restent petits et ont de plus en plus de difficultés à passer les paliers pour travailler avec de grandes salles. Il y a eu tellement de spéculation autour de la musique électronique, tant de promoteurs qui voulaient faire partie du mouvement, que malgré une offre et une demande en forte croissance, la matière première, à savoir les artistes, vient à manquer et notamment sur les grands événements types festivals, où on voit les plateaux s’uniformiser de plus en plus.

En France, aujourd’hui, c’est un pari fou de proposer un festival. Entre tous les coûts engendrés et les seuils de rentabilités affolants, ça relève du miracle d’être rentable. Ce sont les événements / promoteurs / clubs etc qui delivrent un vrai message et offrent une plus-value qui tirent leur épingle du jeu.

Pourquoi ne produire des événements qu’en club alors que la mode est aux warehouse et lieux alternatifs ?

À Lyon ? C’est impossible. La politique nocturne est bien plus rude qu’à Paris. Lyon est une vieille mamie, pleine d’habitudes et de préjugés concernant les musiques électroniques, ça s’en ressent dans la politique, très bourgeoise et conservatrice. On note un manque de flexibilité évident à sortir des carcans habituels et ce malgré une immense ouverture d’esprit opérée notamment par Arty Farty au travers de ses multiples identités. Rappelons que la région Rhône Alpes était la capitale de la répression française dans les années 90, ce qui explique surement, en partie, la persistance de certaines idées reçues et pratiques.

Les politiques publiques ont pourtant contribué au développement de Nuits Sonores. La reconquête du territoire urbain n’est-elle pas en bonne voie ?

C’est un joli discours, notamment possible car Nuits Sonores est l’exception qui confirme la règle avec la reconquête du territoire et l’occupation de friches industrielles, pour ce qui est des musiques électroniques. Mais quand vient la commission de sécurité, mettre aux normes et organiser un événement légalement à Lyon dans une friche implique des couts qui rendent impossible toute rentabilité de l’événement.

Il n’y a pas de demi-mesure, et si l’événement est illégal, la répression est bien trop dissuasive.

Comment décrire le public de Tapage Nocturne ? Votre recette pour le garder fidèle après 6 ans ?

Un public essentiellement lyonnais, de jeunes passionnés qui viennent chercher, écouter et voir de nouvelles choses. Même si moqués et critiqués par certains, je trouve agréable de voir tous ces gamins se bousculer dans les clubs, voir ce qui s’y passe et qui à seulement 18 ans possèdent une culture impressionnante des musiques électroniques. Ce sont des diggers compulsifs !

Le public n’est pas le même qu’il y a 5 ans, on note un gros turnover et l’émergence d’un public de plus en plus jeune, quant au fur et à mesure notre premier public vieillit et sort moins. À chaque début de saison l’objectif est de recapter toute une nouvelle audience pour recommencer à faire la fête toute l’année.

Il y a 3 facteurs importants quand on est promoteurs d’évènements qui permettent d’assurer la fidélité de son public et la pérennité du job: la constance, la rigueur et la qualité. C’est en appliquant ces trois éléments, à la musique électronique (ou autre), que les projets perdurent.

Les jeunes talents locaux ont-ils leur place dans les programmations de Tapage Nocturne ?

Justement nous les privilégions ; aujourd’hui plus que jamais les cachets des artistes explosent et il y a un vrai travail de fond à opérer pour proposer de la nouveauté, des artistes qui sortent des sentiers battus et rebattus.

Quelle est la place occupée par la scénographie dans la production de vos événements ?

L’aspect visuel de nos événements a beaucoup été travaillé par l’artiste Malo, véritable orfèvre. Projections et montages de structures : un tout qui nous semble cohérent avec l’univers froid et architectural de la techno. Cependant nous ne sommes pas allés beaucoup plus loin dans la trans- expérimentation des genres et des cultures pour la simple raison des contraintes financières imposées par les lieux qui nous accueillent – essentiellement des clubs et des salles deconcert. Heureusement, les lieux en question ne sont pas avares d’efforts pour posséder leur propre identité à ce niveau.

Quelle est l’avenir selon toi de la scène événementielle électronique française ?

Les événements trans-genres qui n’hésitent pas à bousculer les codes et qui, dans un cadre atypique, offrent une programmation artistiquement dense, le tout véhiculant une nouvelle façon de penser la fête. Pour ceux qui veulent tenter l’aventure risquée d’un festival, il est essentiel aujourd’hui pour se démarquer d’avoir une offre dépassant le seul aspect musical. On peut citer le Château Perché, le Macki,  We Love Green, les Nuits Sonores ou encore les Démon d’Or et le Monticule…

Quels sont les enjeux de demain pour Tapage Nocturne ?

L’objectif de la saison prochaine est de commencer à se développer à Paris et en Europe : pour cela nous venons de lancer un premier projet à Madrid et dès la rentrée nous investirons également la Machine du Moulin Rouge.

L’idée n’est plus d’avoir seulement une connexion locale mais nationale voire européenne ; de parvenir à faire émerger des projets d’une toute autre ampleur, en travaillant avec différents acteurs du secteur et en les mettant en relation avec les territoires. Passer d’un travail éphémère, à des projets plus concrets ayant une durée de vie plus importante, étant utiles à un ensemble d’acteurs.

Enfin n’oublions pas TN Agency, filiale de notre association sur laquelle nous allons davantage nous concentrer cette saison. Nous y gérons le booking et l’accompagnement d’artistes qui sont devenus de véritables amis tels que Sterling Moss, Chris Liberator ou encore Thomas P. Heckmann.

Quel artiste voudrais-tu voir passer dans le booth de Tapage Nocturne ?

Fifth Era, artiste introuvable bien que père fondateur de la doomcore ! Ne jouant que dans quelques  free parties par an, il vit le reste du temps en autarcie dans un petit village du Sud de Londres.

Track de fin ?

Akito. Si vous ne le connaissez pas encore, rendez-vous le 8 septembre pour une session Grime & Footwork !

 

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