Tendances de marché

INNER CIRCLE REPORT #1: Quelles fêtes pour demain ?

juillet 2, 2018

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INNER CIRCLE REPORT #1: Quelles fêtes pour demain ?

Jeudi 28 juin, à l’occasion de la troisième édition de l’Inner Circle de Shotgun, rencontre en petit comité dans nos locaux pour évoquer la fête de demain. L’Inner Circle est une réunion mensuelle des acteurs de l’événementiel électro: artistes, médias, organisateurs, associations… Nouvelle formule oblige nous avons décidé de resserrer les ponts entre les acteurs et de créer un espace de dialogue et de réflexion autour de problématiques clés de notre écosystème. Au programme: quelles fêtes pour demain ?
Les récentes études menées par notre pôle de recherche attestent d’une croissance de l’offre événementielle d’une quasi-multiplication par 4 du nombre d’événements électroniques entre 2014 et 2017, passant ainsi de 2 225 événements organisés en 2014 à 7 328 en 2017.
Les fêtes se suivent et et se ressemblent toutes, alors légitimement nous posons la question: quelles fêtes pour demain ? Comment éviter une saturation du marché au moment où la demande exprimée par le public connait une croissance exponentielle ? Samy El Moudni, « metteur en scène » et fondateur de Château Perché Festival et nouvellement de Transverberare a accepté de partager avec nous son expérience et sa perception de la fête.
« La fête de demain ? Désolé, mais je n’ai pas de réponse à vous donner, je ne suis pas devin ni doté de science infuse. En revanche, je peux dresser un constat de la fête telle qu’elle est aujourd’hui. »
Par ces quelques mots notre échange débute, en effet il parait insensé d’évoquer la fête de demain si nous ne nous intéressons pas à celle d’aujourd’hui. Près de 8000 événements électroniques ont été organisés sur la seule année 2017, on pourrait croire à une grande diversité de l’écosystème mais détrompez-vous; si les formes juridiques des organisateurs ou les genres musicaux sont bel et bien divers, les modes opératoires quant à eux ne tendent pas à évoluer.
Définissons tout d’abord la fête, très impliqué dans sa réflexion sur le sujet Samy nous fait la lecture d’une philosophie de la fête, pas celle d’aujourd’hui, ni de demain mais d’hier, celle des Lumières.
« La fête est un ensemble de réjouissances collectives destinées à commémorer périodiquement un événement. » Jean le Rond d’Alembert.
« Mais quels seront enfin les objets de ces spectacles ? Qu’y montrera-t-on ? Rien, si l’on veut. Avec la liberté, partout où règne l’affluence, le bien-être y règne aussi. Plantez au milieu d’une place un piquet couronné de fleurs, rassemblez-y le peuple, et vous aurez une fête. Faites mieux encore: donnez les spectateurs en spectacle; rendez-les acteurs eux-mêmes; faites que chacun se voit et s’aime dans les autres, afin que tous en soient mieux unis ». Jean-Jacques Rousseau.
La fête suscite déjà le débat dès le XVIIIème siècle: d’Alembert vs Rousseau, dialogue d’intellectuels où deux conceptions de la fête s’affrontent: vision simpliste et vision expérimentale. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Partant du constat que la fête se ressemble bien trop, il déplore tout d’abord le manque de dimensions des soirées proposées. La rave n’a pas évoluée depuis ses débuts, la diffusion et la communication se transforme avec Internet mais les paradigmes par lesquels nous sortons n’ont pas changés: système son, artistes, pré-ventes. Des fêtes à « fort désordre » pour reprendre l’expression de notre invité où le rapport artistique- public est trop distancé.
Sur 10 fêtes aujourd’hui, une seule transcende réellement, les fêtes où il s’amuse ont des dimensions supérieures à la fête normale.
Voici quelques exemples de fêtes marquantes, pas plates mais qui coordonnent les dimensions entre elles:
– Fusion Festival est également une référence, la fête classique à laquelle s’ajoute des dimensions qui vont créer une magie.
– le Berghain qui cumule les dimensions: un lieu incroyable, un son parfait, une note de darkness, une techno pointue, une sexualité omnipresiene.
– Rumpus, des soirées à Londres entre 1500 et 2000 personnes, sold-out en 20 minutes, similaire au concept qu’il voulait mettre en place avec la Mouche sur le cuir: un lieu labyrinthique, une proportion de lives plus importante que les dj sets, des happenings, des histoires dans l’histoire de la fête, des costumes.
« Après une pièce de théâtre de Romeo Castelluci, aspiré par ce que j’ai vu et vécu, j’ai compris à ce moment précis que mon rôle de metteur en scène de la fête consistait à offrir au public mes meilleurs moments de fête, ces moments où je suis entré dans la musique au point de ne faire qu’un avec elle, de lui faire l’amour. Ces moments où individuellement ou collectivement on parvient à suspendre le temps. »
Pour arriver à cette essence, il faut trouver une recette, se poser de quels éléments contribuent à la création d’une rupture avec le quotidien, à une transformation de ses participants. Une réflexion pas vraiment avant-gardiste car nous la retrouvons en 1939 chez Roger Caillois dans Le sacré de transgression : théorie de la fête
« La fête est donc ici le lieu – redouté et en fait convoité – de l’expérience d’un paroxysme de vie, temps des émotions intenses et de la métamorphose de l’être. »
Des réflexions, une recherche que Samy met en pratique dans ses projets avec le collectif Perchépolis. Château Perché qui depuis presque 3 années milite avec succès pour un renouvellement des modes opératoires de la fête.
Le metteur en scène va récemment bien plus loin dans sa quête d’extase collective avec Transverberare (première le 9 aout prochain).
Transverberare, du latin transpercer, part du constat que nous sommes trop peu transpercé par le son malgré une musique électronique de qualité toujours croissante, pourtant cette part de moments uniques et l’intensité des événements n’a pas forcement augmenté en proportion.
Transverberare, c’est la création d’un protocole inspiré de cérémonies religieux et ancestrales à travers le monde et d’un ensemble de disciplines artistiques en apparence incompatibles: théâtre, techno, danse, cirques… auxquelles nous prenons à chacune des éléments pour composer la cérémonie et conduire le spectateur à l’extase.
Transverberare part également du constat de la multiplication des vies permise par l’essor des réseaux sociaux, et permet à son tour l’acquisition d’un rôle et l’exploitation de cette nouvelle identité le temps durant de la cérémonie. La matière considérée comme une toile
Tranverberare, c’est 9 comédiens, deux metteurs en scène, un artiste vidéaste,  deux scénographes, une créatrice costumes,  1 créatrice maquillage et quelques 400 invités: une foule, une matière qui se déplace en coeur sur la musique et dégage une énergie collective transcendante.

En soit, la définition de la fête de demain que nous retenons de ces échanges est donc une fête basée sur le partage, où l’on s’apporte mutuellement pour arriver à un paroxysme de vie et sortir plus grand de l’événement. Une fête basée sur l’interdisciplinarité et l’eclectisme artistique, une fête qui bouleverse et élève l’être.Précurseurs de cette application d’une nouvelle philosophie de la fête, cette recherche d’une fête différente inspire de nouveaux acteurs qui entrants sur le florissant marché de l’événementiel électro se distinguent rapidement. Parmi les présents lors de nos échanges comment ne pas évoquer Bottom et sa techno théâtre, Signal Space ou encore Coucool.Dans une prochaine étude sur les tendances du marché électro, nous aurons l’occasion d’analyser plus en détails sur l’émergence de ces nouveaux formats.

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